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Pagina dedicata a ZEMAN su L'EQUIPE

Ringraziamo l'amico Jacopo Pepe che ci ha fatto pervenire la pagina dedicata a Zdenek Zeman dal quotidiano francese L'Equipe il 18 giugno scorso.

21.06.2015 dal quotidiano francese L'Equipe

Zdenek Zeman, prophète en son pays

Toute la semaine, L'Equipe vous propose une série de portraits d'entraîneurs qui ont marqué l'histoire du foot, mais sans avoir le palmarès de Ferguson ou Ancelotti. Aujourd'hui, Zdenek Zeman, l'homme qui a enchanté l'Italie du Catenaccio avec des équipes d'inconnus au jeu offensif et spectaculaire.

Si les films cultes sont rarement ceux qui cartonnent au box-office ou qui raflent toutes les récompenses à leur sortie, alors Zdenek Zeman est le Rocky Horror Picture Show du football mondial. Son palmarès famélique (seulement deux titres de champion de Serie B et titre de Serie C2) est inversement proportionnel à sa longévité et à l’ampleur du culte dont il fait l’objet.

Comme le film musical de Jim Sharman, le technicien d’origine tchèque (il est italien depuis 1975) continue de se produire quarante ans après le début de sa carrière, avec à la place des projections pour nostalgiques dans des cinémas d’art et d’essai, des piges dans des clubs de seconde zone. Après une année chaotique à Cagliari, il vient de signer au FC Lugano, promu en première division suisse.

Le début de son parcours a d’ailleurs tout de celui d’un réalisateur de la Nouvelle Vague tchécoslovaque. Né à Prague, il fuit son pays, dont les frontières se referment après l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie, en 1969. Direction la Sicile, terre de foot où réside son oncle Cestmir Vycpalek, ancien joueur et futur entraîneur de la Juve. Palerme sera sa ville d’adoption. Son diplôme d’entraîneur à Coverciano en poche, il prend en charge au milieu des années 1970 l’équipe de jeunes du club de la première ville sicilienne.

Licata, Messine, Salernitana, Avellino, Lecce, Pescara, Cagliari… La liste de ses clubs successifs fleure bon l’Italie des villes provinciales où le calcio se joue dans des stades de 30.000 places aux trois-quarts vides. C’est d’ailleurs dans le modeste club de Foggia qu’«Il Boemo» (il est originaire de Bohême) a bâti sa légende.

LE MIRACLE DE FOGGIA

Quand il arrive dans les Pouilles en 1989, la mission de cet entraîneur anonyme est simple: maintenir le club, fraîchement promu en Serie B. Après une saison de transition, Foggia obtient la promotion avec la meilleure attaque du Championnat. Avec son équipe d’inconnus emmenée par un trio d’attaque Bepe Signori-Roberto Rambaudi-Ciccio Baiano (tous trois futurs internationaux), le Foggia dei miracoli terminera sa première saison en Serie A, alors le meilleur Championnat d’Europe, à une incroyable neuvième place, avec la deuxième meilleure attaque derrière le grand Milan d’Ancelotti, Van Basten, Maldini, Barsei, Gullit, Rijkaard et consorts.

L’équipe perd dans la foulée son trio delle meraviglie, attiré par des clubs plus prestigieux (Signori terminera trois fois meilleur buteur du Championnat avec la Lazio), mais continue à défier toutes les prévisions en terminant onzième en 1993 puis à nouveau neuvième en 1994.

Si l’épopée a marqué l’histoire du foot italien et obtenu le titre de Zemanlandia, c’est parce que les résultats sont obtenus avec la manière, et quelle manière! Le style Zeman, complètement à contre-courant, charme l’Italie. La seule chose qui le relie à ses homologues est alors son extrême rigueur tactique. La grande différence, c’est qu’il la met au service d’un jeu ultra-offensif où l’objectif est clairement de mettre un but de plus que l’adversaire, quel que soit son prestige ou sa force de frappe.

«C'est pas sorcier. C'est mathématique»

«Quand on attaque, les trois attaquants doivent être dans la surface de réparation et deux des trois milieux montent aussi, expliquait il y a quelques années l'intéressé. De cette manière, l’adversaire est obligé de reculer. Ensuite, on met la balle dans la surface, et comme on a plus de joueurs, on a plus de chances de marquer. C’est pas sorcier. C’est mathématique.»

Résultat, les équipes de Zeman marquent beaucoup de but, au risque de subir quelques roustes mémorables dont un 2-8 à domicile face à l’AC Milan en 1992. Plus récemment, c’est avec Pescara qu'il a écrit une nouvelle page de sa légende. Comme en 1989, il atterrit en 2011 dans un club fraîchement promu en Serie B. A la place de Singori et compagnie, ses joueurs clés sont de jeunes talents italiens qui se nomment Ciro Immobile, Lorenzo Insigne et un certain Marco Verratti.

Mais pas de saison d’adaptation cette-fois ci. Pescara, parti pour jouer le maintien, gagne le Championnat en marquant 90 buts, un total jamais vu depuis 1950. Pour atteindre son objectif, Zeman utilise toujours la même méthode: un 4-3-3 immuable à la fois rigide et créatif basé sur le mouvement et la vitesse de transmission.

Les deux ailiers ont une grande liberté et se baladent sur la largeur de la ligne d’attaque, en plus d’être des travailleurs infatigables à la perte du ballon. Les deux seuls vrais défenseurs sont les centraux, qui défendent très haut et comptent sur le hors-jeu, une forme extrême de marquage en zone et un gardien-libéro. Le pressing est intense afin d’étouffer la défense adverse par des vagues d’attaque incessantes. Au coup d’envoi, il arrive à Zeman de positionner tous ses joueurs, à part les défenseurs centraux, sur la ligne médiane.

Toute la beauté de sa philosophie de jeu est l’équilibre délicat entre l’organisation et la créativité. Comme l’écrivait si bien le spécialiste du foot italien Gabriele Marcotti, «les joueurs ne passent pas à leurs coéquipiers; ils passent vers une zone où ils savent que se trouvera un coéquipier, parce qu’ils sont toujours en mouvement.» «Tu fais deux heures de tactique et rien qu’avec un mouvement de main, tu sais ce que tous tes coéquipiers vont faire, se souvenait récemment Marco Verratti dans les colonnes de So Foot. Il nous fait tout mémoriser jusqu’à ce qu’on connaisse sa philosophie de jeu par cœur.»

Organisation ultra-rigide, entraînements répétitifs, jeu offensif basé sur le mouvement et le pressing… Impossible de ne pas penser à Marcelo Bielsa, un autre gourou du football, en énumérant ce qui fait l’essence du jeu selon Zeman. Les deux hommes ont d’ailleurs un autre point commun: des entraînements qui poussent leurs joueurs dans leurs derniers retranchements physiques. Zeman, titulaire d’un diplôme de médecine du sport décroché dans sa ville d’adoption de Palerme, a besoin d’hommes capables de produire des efforts supérieurs à ceux de ses adversaires, et ses séances physiques ont traumatisé plusieurs générations.

«Le matin, parfois, tu pleurais avant d'y aller»

«Parfois, à l’entraînement, il m’arrivait de vomir après avoir fait 15 ou 20 kilomètres de course, se rappelle l’Italien du PSG. Son truc, c’était un entraînement militaire. Le matin, parfois, tu pleurais avant d’y aller. Je ne sais pas si je serais capable de tout refaire aujourd’hui.»

Comme Guardiola, Zeman s’est beaucoup inspiré d’autres sports comme le basket, le handball et le hockey sur glace, pour développer ses schémas tactiques tout en mouvements. Mais au contraire de son homologue catalan, il est un homme de peu de mots. Cigarette à la bouche, il reste silencieux sur son banc, que son équipe marque ou qu’elle subisse une déculottée.

«Parfois, tu ne sais même pas si ce que tu fais est bien ou pas, se rappelle Verratti dans les colonnes de So Foot. J’ai joué 40 ou 50 matches sous ses ordres et il ne m’a jamais dit bravo, pas une fois. Ça te force à te remettre en question et à toujours faire quelque chose en plus.»  

Mais Zeman sait aussi ce que veulent ses joueurs. Et le public. «Lorsque tu demandes à un joueur ce qu’il préfère travailler, il te répond presque toujours: “Les phases d’attaque”, expliquait-il à France Football en 2012. Et les spectateurs, que veulent-ils: des buts et du spectacle, ou du bétonnage? Évidemment, une équipe qui fonce vers l’avant plutôt que du catenaccio! Eh bien, moi, j’écoute ce que demande le peuple!»

«Moi, j'écoute ce que demande le peuple!»

Zeman ne serait-il donc qu’un Steven Spielberg du foot, esclave du box-office et du plaisir immédiat des fans? Après son éclatant succès à Foggia, les plus grands studios l’ont logiquement courtisé, et il s’est laissé séduire. En trois années, il a terminé deuxième puis troisième de Serie A avec la Lazio avant d’être remercié en 1997. Direction le rival local, l'AS Rome, où il a décroché une quatrième puis une cinquième place.

Mais Mister Zdenek le marginal a vite repris le dessus sur Docteur Zeman l’entraîneur de grosse écurie. A l’été 1998, il décide de s’en prendre à ce qu’il appelle alors «l’abus de médicaments» dans le foot italien. En quelques phrases choc, il regrette qu’un club ait «besoin d’un bon pharmacien» pour gagner et s’étonne de «l’explosion de la masse musculaire de Vialli et Del Piero», joueurs de la Juve.

Ses propos conduisent à un long procès très médiatique où se succèdent à la barre toutes les stars de la Juventus de l’époque, de Peruzzi à Conte en passant par Vailli, Zidane et Ravanelli. Riccardo Agricola, médecin en chef du club turinois, sera condamné à un an et dix mois de prison ferme pour fraude sportive et administration dangereuse pour la santé de médicaments, dont l’EPO, avant d’être relaxé en appel.

A l’étranger, le technicien est désormais plus célèbre pour cette prise de position que pour le jeu qu’il se donne tant de mal à développer. En Italie, il devra attendre plus de dix ans avant qu’un grand club italien, à nouveau la Roma, lui redonne sa chance (les retrouvailles ne dureront qu’une moitié de saison). «Je suis convaincu que le regretté président Sensi a subi des pressions pour ne pas renouveler mon contrat, à la Roma en 1999, confiait-il à France Football en 2012. Pendant si longtemps, je me suis demandé pourquoi, diable, tout un tas de dirigeants parlaient en bien de moi, mais presque aucun ne me faisait travailler!» Un peu comme ces réalisateurs alternatifs dont les producteurs vantent le talent, mais qui ne trouvent jamais le financement nécessaire pour réaliser leurs films trop «différents»